Pouvoirs psychiques et tradition yoguique

Description de Pouvoirs psychiques et tradition yoguique selon l'écoute imaginaire

Pouvoirs psychiques et tradition yoguique : Selon l'approche de l'Écoute Imaginaire

Les ancêtres de la tradition Yoguique ont élaboré une anatomie occulte de l'être humain dans laquelle le corps physique est reconnu comme une illusion. Diverses structures occultes sont répertoriées (corps subtils, chakras, auras) afin d'amener le disciple à se libérer de la prison qu'est son corps physique. L'enseignement ne donne de l'importance qu'à la dimension spirituelle et guide le disciple à “réaliser” cette dimension spirituelle.

Les Yogas sutras de Patanjali, écrits plusieurs années avant Jésus-Christ, donnent un enseignement complet afin d'aider les disciples à connecter leur mental à leur dimension spirituelle, le but étant la réalisation spirituelle. Cet enseignement consiste à contrôler son mental par la concentration et la méditation pour le focaliser vers la dimension spirituelle. Lors de cet apprentissage, la tradition yoguique dit que des aptitudes intuitives peuvent se développer. Le swami Vishnudevananda reconnaît trois types d'aptitudes intuitives, selon le niveau d'évolution atteint par l'individu :

– Les aptitudes intuitives reliées à l'ego Ces aptitudes sont mal maîtrisées et sont habituellement utilisées à des fins mercantiles ou de pouvoir. La plupart des “diseurs de bonne aventure”, voyants et médiums feraient partie de cette catégorie.

– Les aptitudes intuitives reliées à la personnalité Transitoire. Ces aptitudes indiqueraient que le mental prédomine sur l'émotionnel. L'individu développerait alors une ouverture envers les autres. Il comprend mieux ses aptitudes intuitives quoique souvent d'une façon incomplète. Son but est noble et il utilise son talent pour servir l'humanité. Il risque cependant de tomber dans des pièges spirituels tel qu'un sentiment narcissique l'amenant à penser qu'il peut sauver l'humanité.

– les aptitudes intuitives reliées à l'âme. Ces aptitudes indiqueraient que le disciple a atteint l'état “d'initié”, c'est-à-dire qu'il a établi un contact étroit avec son âme. Ce contact se produirait lorsque le mental est illuminé par le rayonnement de son âme. Lorsque ce stade est atteint, il serait possible de développer sans danger (de plaire à l'ego) les pouvoirs psychiques.

La philosophie Vedanta reconnaît que le développement des aptitudes intuitives est le plus souvent limité et incomplet, puisque leur connaissance dépend du mental, lui-même imparfait. C'est donc sans importance pour les disciples du yoga, puisque comme l'explique le yogi Brahmananda, “... le but de la pratique du yoga est de se préparer à atteindre la communion avec son soi supérieur et non pas simplement d'obtenir des pouvoirs physiques et psychiques.7”

Quant à l'enseignement de Patanjali dont j'ai fait mention plus haut, même s'il n'a pas été conçu pour aider à développer les aptitudes intuitives, il a longtemps été perçu comme la seule méthode permettant leur développement.

Le regard péjoratif que porte la tradition indienne à l'égard des aptitudes intuitives peut expliquer pourquoi les yogis ont laissé un si pauvre héritage littéraire sur ce sujet. La tradition indienne a en effet toujours perçu le développement des aptitudes intuitives comme un danger pour l'ego. Selon elle, ces aptitudes peuvent être facilement utilisées à des fins de pouvoir et seuls les êtres ayant atteint un état de développement spirituel adéquat peuvent les développer adéquatement. Mais comment mesurer le degré d'évolution d'un être ?

Malheureusement, ce soi-disant degré d'évolution a toujours été évalué selon des critères subjectifs associés à une religion et des croyances, empêchant ainsi toute forme de remise en question de l'enseignement. Selon Stephen Wolinsky, les croyances religieuses en Inde entretiennent une économie où 99 % de la richesse appartient à moins de 1 % de la population. Ceci est fortement entretenu par la croyance au karma, concept selon lequel on récolte ce que l'on sème. L'impact social de cette croyance est fort bien décrite par Stephen Wolinsky dans son livre Ni ange, ni démon :

Si je possède moins dans cette vie-ci, c'est à cause des mauvaises actions que j'ai commises dans une autre vie. Si je suis bon dans cette vie-ci, je mériterai des bienfaits dans mes vies futures. [...] la théorie du karma empêche la grande masse des pauvres de créer le chaos en renversant la minorité de riches.

On doit donc demeurer critique devant les enseignements de la tradition indienne, si riches et empreints de sagesse soient-ils. Je crois qu'il est grand temps de réviser la définition des aptitudes intuitives en faisant clairement la différence entre un cheminement spirituel et un développement intuitif. À mon avis, les aptitudes intuitives ne sont pas liées à une démarche spirituelle, mais requièrent plutôt la connaissance de soi, laquelle peut s'acquérir autant par une psychothérapie que par une démarche spirituelle, les expériences de la vie, ou encore, la tenue d'un journal intime. La connaissance de soi est comme un ancrage, un solide point de référence à partir duquel un individu peut, par la suite, apprendre à développer son intuition et à se mettre en relation avec les autres sans se perdre ni confondre ce qui vient de lui et ce qui vient de l'autre.

Extrait du livre : L’Écoute Imaginaire de Sylvain Bélanger et Fabienne Scott, Édition Quintessence, 2004
 
Copyright 2008, Sylvain Bélanger, Écoute Imaginaire, www.ecouteimaginaire.com, Montréal, Québec, Canada

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